The Signal repose sur les mécanismes d'un modèle linéaire dynamique bayésien. Notre variante du modèle tient compte de deux types de biais présents dans l'industrie du sondage. Premièrement, nous tenons compte du fait que les firmes de sondage diffèrent systématiquement les unes des autres quant à leur tendance à surreprésenter ou à sous-représenter certains segments de l'électorat. Par exemple, par rapport à la moyenne de l'industrie, certaines firmes pourraient surreprésenter les électeurs du Parti progressiste-conservateur; d'autres, ceux du NPD. Le modèle tient compte de ces écarts de manière dynamique, de sorte que chaque sondage publié est filtré en fonction de notre estimation courante de ce biais. Des sondages couvrant plusieurs années sont utilisés pour calculer ces « biais maison », lesquels sont eux-mêmes recalculés chaque fois qu'un nouveau sondage est publié. Deuxièmement, nous tenons compte du biais de l'industrie du sondage dans son ensemble en nous appuyant sur les données d'élections antérieures. Dans le contexte canadien, ces biais sont relativement faibles, sans toutefois être négligeables : même de petits écarts dans la part du vote national peuvent avoir des effets considérables sur la répartition des sièges.
Étant donné que de nombreuses journées s'écoulent sans publication de sondage et que les sondages comportent une marge d'erreur d'échantillonnage, le modèle utilise l'information sur l'état des intentions de vote un jour donné pour éclairer l'estimation du jour suivant. Lorsqu'un nouveau sondage est publié, les estimations de la part du vote pour cette journée deviennent essentiellement une moyenne pondérée entre l'information tirée du nouveau sondage et celle portant sur l'état des intentions de vote de la veille. Ainsi, les sondages aberrants (comme tous les autres) sont en quelque sorte ramenés vers les prévisions du jour précédent. Sur le plan visuel, cela signifie que l'évolution des intentions de vote dans le temps apparaît relativement lisse, ce à quoi on s'attendrait dans la réalité. Cette approche se distingue d'autres modèles de prévision au Canada, où l'on peut observer des fluctuations relativement marquées d'une publication de sondage à l'autre. Malheureusement, ces variations amènent de nombreux commentateurs au Canada à spéculer sur de grands mouvements au sein de l'électorat, qu'ils attribuent à divers facteurs liés à la campagne, même si aucun changement substantiel ne se produit dans les faits. Un avantage supplémentaire de notre approche est qu'une nouvelle prévision peut être publiée chaque jour de la campagne, même en l'absence de nouveau sondage, et que nous sommes en mesure d'estimer les intentions de vote pour chaque jour de la campagne.
Pour estimer la part du vote à l'échelle régionale, nous utilisons un modèle distinct dont la structure de base est la même que celle du modèle national. Nous ajustons ensuite les résultats régionaux de manière proportionnelle afin qu'ils concordent avec les estimations issues des prévisions nationales. En ce qui concerne les prévisions par circonscription, étant donné que les limites des circonscriptions fédérales ont été redécoupées depuis la dernière élection fédérale, nous utilisons les données d'Élections Canada pour transposer les résultats de l'élection précédente dans les circonscriptions actuelles. Pour produire des estimations dans chaque circonscription, nous ajustons proportionnellement les résultats de chaque parti afin qu'ils correspondent aux prévisions régionales (et nationales) de la part du vote. En plus de ces variations uniformes, nous tenons compte des candidatures de députés sortants dans une circonscription qu'ils ont déjà représentée. Il convient de souligner que le degré d'incertitude associé à ces projections est le plus élevé à l'échelle des circonscriptions individuelles. Comme les prévisions par circonscription sont dérivées des estimations nationales de la part du vote et des résultats de la dernière élection fédérale plutôt que de données de sondage locales (qui n'existent pas en nombre suffisant), elles doivent être interprétées avec la prudence qui s'impose.
