Les Québécois et les signes religieux

Les Québécois et les signes religieux

Publié le 29 novembre 2018

Vox Pop Labs a développé une série de questions innovatrices afin de mesurer l’opinion des Québécois et Québécoises sur l’interdiction de porter différents signes religieux dans l’espace public.

Utilisant les données d’une étude post-électorale effectuée entre le 10 et le 25 octobre 2018 auprès d’un panel web de 4635 personnes, l’équipe de Vox Pop Labs a produit l’une des études les plus exhaustives sur l’opinion publique des Québécois et Québécoises à propos d’un enjeu qui a fait couler beaucoup d’encre dans la province.

Pourquoi une nouvelle mesure?

Nous avons développé un nouvelle mesure d’abord parce que nous étions insatisfaits des questions habituelles pour mesurer l’opinion publique sur les signes religieux. Ces questions amalgament souvent tous les signes en une seule question du type: « Êtes-vous pour ou contre l’interdiction des signes religieux pour les enseignants? » Lorsque la question est posée de cette façon, il nous manque une information d’une très grande importance: nous ne savons pas ce que les gens ont en tête lorsqu’ils lisent « signes religieux ». S’imaginent-ils un voile intégral qui couvre le visage comme une burqa? Ou s’imaginent-ils plutôt un voile qui ne recouvre que les cheveux (hijab)? Il est tout à fait probable que la façon dont les gens interprètent les termes « signes religieux » influence leur réponse. Il y a aussi la possibilité que plusieurs y voient une référence à des signes religieux qui frappent plus l’imaginaire, tels qu’un niqab ou une burqa, et que cela augmente du même coup l’appui à une interdiction.

Deuxièmement, nous ne voulions pas non plus nommer les signes religieux. Ce n’est pas tout le monde qui sait ce qu’est un kirpan ou un niqab. Ou encore moins la différence entre un hijab et un niqab. En fait, nous souhaitions éviter de nommer les signes religieux, même jumelés à une image, pour ne pas biaiser l’opinion des gens dans un sens ou dans l’autre.

Notre proposition

Plutôt que de nommer les signes religieux, nous avons présenté des images aux participants, chacune représentant un signe religieux spécifique. Les participant devaient ensuite choisir dans quelles circonstances ces signes devaient être interdits. Ils pouvaient sélectionner autant de scénarios proposés qu’ils le souhaitaient ou indiquer « dans aucun de ces scénarios ».

Les scénarios proposés étaient :

– Pour les représentants de l’État en position d’autorité (ex : juges, policiers)
– Pour les participants à une cérémonie de citoyenneté canadienne
– Pour les enseignants d’écoles publiques
– Pour les élèves d’écoles publiques
– Dans tous les lieux publics (ex : sur le trottoir, parcs)
– Pour aucun de ces scénarios

Les signes religieux utilisés ne représentent pas une liste exhaustive de toutes les possibilités. Ils ont par contre l’avantage de couvrir plusieurs religions et de varier dans leur caractère ostentatoire.

Résultats par symbole

Comme le démontrent les résultats suivants, l’opinion publique varie grandement selon le signe religieux et selon le scénario proposé. Les résultats sont présentés du symbole qui suscite le plus d’opposition à celui qui en suscite le moins. Il semble y avoir trois « groupes » de symboles: ceux pour lesquels l’appui à une interdiction est sans équivoque, ceux pour lesquels la population est très divisée et finalement ceux pour lesquels l’appui à un interdiction se limite aux représentants de l’État en position d’autorité.

Les scénarios

Nous pouvons également combiner les différentes décisions des participants à l’étude pour mesurer l’appui aux différents scénarios envisagés par le Québec.

Notons d’abord que seulement 3% des Québécois(es) n’interdiraient aucun signe religieux dans tous les scénarios. Une proportion similaire de répondants(4%) se trouvent à l’autre bout du spectre et interdiraient tous les signes religieux dans tous les scénarios.

Une proportion de 55% est en accord avec au minimum l’interdiction des signes religieux ostentatoires pour les représentants de l’État en position d’autorité, un scénario qui était auparavant vu comme le « consensus » Bouchard-Taylor. Ici, nous considérons comme ostentatoires tous les signes religieux sauf les trois petits pendentifs.

L’appui chute à 41% lorsque cette interdiction est étendue aux enseignant(e)s, un scénario similaire à la proposition actuelle du gouvernement Legault.

Nous observons également une grande différence entre les groupes d’âge. Alors que 43% des 18-35 ans appuient l’interdiction des signes religieux ostentatoires pour les représentants de l’État en position d’autorité, cette proportion grimpe à 60% chez les 35-54 ans et à 63% chez les 55 ans et plus. Les différences sont encore plus marquées dans le cas de la proposition de la CAQ, soit d’étendre l’interdiction aux enseignant(e)s. Cette proposition n’obtient pas une majorité dans aucun groupe d’âge (49% chez les 55+ et 43% chez les 35-54) et le pourcentage d’appui chute de manière importante chez les plus jeunes (26%).

Méthodologie

Les données présentées proviennent de l’étude post-électorale de Vox Pop Labs effectuée entre le 10 et le 25 octobre auprès d’un panel web de 4635 personnes. Aux fins de comparaison, un échantillon probabiliste de 4635 répondants aurait une marge d’erreur de 1,4 point de pourcentage 19 fois sur 20.

Les données collectées sont pondérées de manière à les rapprocher de celles d’un échantillon représentatif de la population réelle du Québec selon les données du dernier recensement et d’autres estimations démographiques. Les facteurs de pondération sont l’âge, le sexe, le niveau d’éducation, la région et la langue maternelle.

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